« Île rouge, transat et cocotiers ». Ces mots résonnent comme un cri d’alarme dans la bouche d’Olga Joret pour dénoncer la situation sanitaire à Madagascar. Loin d’une carte postale idyllique, cette présidente de l’association « Espoir des enfants de Mitanty » nous parle de son engagement auprès des populations locales et de son partenariat avec la Femape.

 Un contexte économique et écologique inquiétant

Régulièrement touchée par des pluies diluviennes, l’île est en proie à de puissantes tempêtes dévastatrices. La dernière en date a provoqué de graves inondations et des éboulis meurtrières. France Info a fait l’état d’un bilan provisoire de « 32 morts, 10 disparus et 116 675 sinistrés », rien que pour le mois de janvier 2020.

Pouvez-vous présenter votre association en quelques mots ?

Suite à une série de cyclones saccageant la région du sud-est, j’ai voulu m’engager auprès des habitants de Mitanty, le village où je suis née. Alors que nous sommes habitués aux fortes pluies car la zone est en bord de mer, des tempêtes particulièrement puissantes ont été enregistrées depuis 2013. Le constat est alarmant : il n’y a plus d’école, ni d’église, les enfants sont déscolarisés, d’autres sont morts. À 60 km de ce village, il y a pourtant des hôtels qui accueillent des touristes du monde entier dans l’indifférence la plus totale. Quand on médiatise Madagascar, c’est trop souvent pour exposer une carte postale de la faune, la flore ou Nocibé. C’est aussi la réalité, mais ce n’est pas le quotidien des habitants !

Quelles sont les maladies qui touchent l’île ?

L’an dernier - en 2019 - il y a eu une épidémie de peste. Nous sommes aussi fortement touchés par le paludisme à cause du moustique et nous subissons la précarité. Les populations n’ont pas les moyens de vivre dignement et certains meurent chez eux noyés. Pour s’en rendre compte, il faudrait se rendre sur place pour capter des images et des vidéos.

Quelles sont vos actions concrètes au quotidien pour soutenir les habitants ?

Notre but est de construire une école. Par ailleurs, tout au long de l’année, nous organisons des manifestations à Biarritz afin de récolter des dons pour acheter vêtements, sacs de riz, matériels de santé, etc. Nous envoyons un à deux colis par an.

Pourquoi n’essayez-vous pas de peser sur la politique ?

Le président Andry Rajoelina a été élu il y a un an à peine. Il est très engagé dans le nord du pays, mais les problématiques au sud sont moins suivies. Depuis la crise politique sanglante de 2009 - soulèvement populaire et tentative de coup d’État - le pays n’avance pas. Sur un plan local, j’essaye de travailler avec le maire de Mitanty. Mon objectif serait d’instaurer une taxe pour les touristes, un dispositif d’impôt qui serait reversé aux habitants. Mais pour l’heure, c’est un projet compliqué à mettre en place, d’autant que les touristes contribuent à l’économie locale en achetant de la vanille, du poivre et du café. 

Quels sont vos projets et qu’attendez-vous du partenariat avec la Femape ?

Le président de la FEMAPE, Philippe Lucas-Vidal est très alerte en ce qui concerne les questions de santé. Si de mon côté, l’éducation est une priorité, du sien la santé prime sur le reste. Nous sommes très complémentaires. De plus, j’ai une pleine confiance en lui, en son réseau et son expertise pour m’aider à monter des projets. Notre but : tenter d’enrayer la mortalité chez les jeunes en palliant le manque de soin.